Carnet de bord: mon voyage au Maroc

Trois séries, trois espaces, un regard qui s’est déplacé

Il y a des voyages qui ajoutent des images à une archive.
Et puis il y a ceux qui déplacent le regard.

Revenir au Maroc, trois ans après un premier séjour, n’a pas été une redite. Ça a été un révélateur. Les couleurs étaient toujours là. Les lumières aussi. Mais quelque chose avait changé. Pas le pays. Mais plutôt mon regard…

Au fil du road trip, trois lieux se sont imposés presque naturellement. Je vous propose de découvrir trois séries variées issues des rencontres qui m’ont le plus marqué. Ce sont des espaces découvert par curiosité au fil du voyage.. Le Port d’Imsouane, le chantier naval d’Essaouira, et le Souk Ha Draa. Trois espaces très différents, mais reliés par la même chose : une tension graphique, une densité visuelle, une poésie du quotidien qui m’a profondément marqué

Imsouane, les couleurs du Port.

Le port est immense. Des bateaux bleus serrés les uns contre les autres, des filets, des bacs colorés, des bouées, des ombres dures qui découpent l’espace. Tout est propice à stimuler l’oeil !

Ce que j’ai ressenti ici, c’est une liberté totale dans la composition. Des micro-espaces partout. Des cadres dans les cadres. Le marché aux poissons, les restaurants, le parking à bateaux, les quais, etc… Une infinité de possibilités dans ce port vraiment.

Je me suis surpris à rester longtemps au même endroit. À attendre. À observer comment la lumière glisse sur les formes. À jouer avec les ombres plutôt qu’avec l’action. Même un détail minuscule, comme ce chat qui s’est réveillé et a surgi dans mon image. Une de mes préférées.

Imsouane a été une rencontre, ça m’a fait réaliser à quel point j’aime découvrir des lieux sans les anticiper, sans préparer mon esprit à ce que je vais rencontrer mais plus en ayant cette émerveillement dans la découverte qui laisse parler l’instinct.

Le chantier naval d’Essaouira

Un décor comme je n’en avais jamais vu.

C’est un lieu brut, presque violent visuellement. Des coques de bateaux gigantesques, du métal, des échelles, des grues, des surfaces réfléchissantes, des rouges profonds qui tranchent avec des gris poussiéreux, sur fond d’un bleu intense entre ciel et mer. Tout se chevauche. Tout se superpose.

Au départ, c’est presque trop. Trop d’informations, trop de lignes, trop de matières. Il faut ralentir. Respirer. Apprendre à trier avec le regard. Ici, photographier demande du calme. Une forme de retenue.

Ce que j’ai adoré dans cet espace, c’est justement cette nécessité de contrôle. Composer devient un exercice de précision. Chercher l’équilibre dans le chaos. Trouver une image lisible dans un environnement saturé.

J’ai été très touché par la puissance des lignes et comment elles imposent une certaine rigueur. Comme si je travaillais la matière du réel pour en extraire des formes presque abstraites. Ce chantier m’a poussé vers une photographie plus graphique, plus structurée, où la couleur et la ligne priment sur le sujet.

Le Souk Ha Draa est à l’opposé du silence d’Imsouane.

C’est immense. Bruyant. Dense. Le genre de lieu où tout bouge en permanence. Fruits, légumes, bétail, camions, silhouettes, poussière, cris, chaleur. Au début, j’ai eu du mal. Trop d’informations. Trop de mouvement.

Et puis je me suis déplacé vers un espace plus précis : le coin du foin.

Des camions chargés à ras bord de bottes instables, des silhouettes perchées en hauteur, des échelles dressées dans le vide. Graphiquement, c’était une révélation. Des masses simples. Des lignes claires. Une lecture immédiate.

Ce que ce lieu m’a appris, c’est à accepter de ne pas tout photographier. À choisir un fragment du réel plutôt que l’ensemble. À isoler une scène pour retrouver de la lisibilité. Là encore, le cadre devient une manière de reprendre le contrôle sur le chaos.

Ce que ces trois séries disent de mon regard

En revoyant les images, une chose est évidente : mon regard a changé.

Je suis moins dans l’euphorie, moins dans l’accumulation. Plus dans la recherche d’images construites, graphiques, presque détachées de leur contexte. Le réel devient une matière première. Un terrain de jeu pour composer autre chose.

Ces images auraient, pour certaines, pu être faites ailleurs qu’au Maroc. Et c’est précisément ça qui m’intéresse aujourd’hui. Utiliser un lieu non pas pour ce qu’il représente, mais pour ce qu’il permet de révéler.

Je crois que je me suis éloigné, sans m’en rendre compte, d’une photographie de rue pure. Mes images parlent davantage de couleur, de structure, de respiration. Elles montrent moins ce que j’ai vu que la manière dont je me sens face au monde.

Ce voyage m’a confirmé une chose essentielle : je préfère créer sans trop conceptualiser. Photographier avec une forme d’innocence, puis seulement après, tirer du sens de ce que j’ai produit. C’est là que les images deviennent sincères.

Revenir au Maroc n’a pas été un retour en arrière.
Ça a été un point de bascule…. et je crois que je compte bien y retourner !

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